Comment bien vivre sa jeunesse

Comment bien vivre sa jeunesse

Vingt ans n'est pas le plus bel âge de la vie, ni forcément celui de l'amour, comme l'affirme un proverbe. Bien vivre sa jeunesse, c'est entrer dans la construction volontaire d'une nouvelle vie qui commence, et accepter qu'une autre puisse prendre en partie fin. Des rites initiatiques comme le bac, le permis de conduire, le premier salaire, le premier loyer à payer ou encore le mariage permettent de franchir des étapes symboliques qui pourront mener à l'âge adulte.

Bien vivre sa jeunesse, c'est aussi bien vivre avec son passé.Le passé est une partie importante de nous, qu’il ne faut surtout pas oublier, certes, mais qui ne doit pas non plus éclipser le présent et le futur.

Dépasser les souvenirs de jeunesse

Le passé est passionnant, car il est une source de divertissement quasi inépuisable, telle que le serait une vidéothèque qui contiendrait chacun des instants que nos années terrestres nous ont donné. Seulement, le passé a tendance à nous rendre passif, nous confinant à un rôle d’observation, de remémoration. L’observation est utile car elle est source d’enseignement. On apprend beaucoup en réfléchissant sur ce qu’on a vécu. Cependant, si l’étude de la science est passionnante, on risquerait d'en oublier son objectif principal : l’application à des fins concrètes. Ainsi, je ne voudrais pas passer ma vie à observer mon passé, pour en tirer des enseignements, et ce uniquement pour la beauté de la théorie. Connaître la théorie doit pouvoir nous servir à expérimenter, et c’est en expérimentant que du rôle passif d’observateur, on passe à celui actif d’acteur.

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Vivre sa jeunesse en pratique et non en théorie

Bien sur, pour certains, la théorie peut se suffire à elle-même, comme par exemple dans les mathématiques ou les langues où réside un intérêt suffisant pour ne pas avoir besoin d’expérimenter. On peut préférer la théorie à l’expérience. Mais la théorie sans expérience est dangereuse. J’ai par exemple passé 10 ans de ma vie à apprendre l’anglais, et ce n’est que cette année que j’ai eu vraiment l’occasion de le pratiquer au quotidien, en situation. J’ai pu ainsi mesurer l’écart entre l’anglais « théorique » et l’anglais que je qualifierais à l’inverse, et volontairement, de « vivant ». L’anglais ne se parle pas comme dans les bouquins, il est comme tous les langages utilisés, en constance évolution, avec des nuances temporelles, mais aussi géographiques, et plus encore, humaines. Deux Anglais ne parleront pas strictement le même anglais, ils l’adapteront chacun à leur sauce, tout comme on fait en français, disposant d’un vocabulaire qui nous est propre, fruit de notre exposition particulière au langage. Suivant le niveau de langage que l’on utilise, par exemple, on trahit souvent un certain niveau social et éducatif. De même, selon les images que l’on emploie (ou leur absence), on trahit notre degré de sensibilité. Ce qu’on appelle le style est ce qui fait que chacun construit des phrases qui lui sont propres, et les enchaîne selon un mode unique, qui l’aide à se définir en tant qu’individu au milieu de ses pairs. Ainsi, en Angleterre, j’apprenais non pas à parler l’anglais, mais à parler mon anglais, me construisant mes références, mes repères, différents de tout autre anglophone, mais pourtant reflétant entre autre mon appartenance à un groupe d’amis (expressions et références communes).

En mesurant ainsi l’écart entre l’anglais enseigné, standard, et l’anglais réel, personnel, vivant, je réalise le danger d’une théorie qui se passerait de l’expérience, à l’image de celle qui me faisait croire que ce que disaient les livres et les cassettes était exactement ce que j’allais trouver en Grande-Bretagne. En transposant ce constat dans le domaine de la vie, je me dis qu’il y a de fortes chances qu’il y ait les mêmes risques à se placer en pur observateur du monde, sans en être véritablement acteur. Philosopher est un excellent exercice pour l’esprit, mais philosopher intelligemment demande de rester en contact étroit avec l’objet observé (le monde, la vie).

Evoluer en permanence

Si je prends le domaine de l’amour, j’ai appris énormément de choses lors de mon premier amour. J’avais tendance à penser que j’avais tout appris, en fait, puisque c’est avec ma première petite amie que je franchis toutes les étapes de la découverte de l’amour, du premier baiser au premier appartement t partagé, en passant par la première nuit et bien d’autres choses. J’ai appris beaucoup de choses, mais l’amour se vit autant après que pendant. Pendant, il est trop intense et trop brusque pour être pleinement compris. Il faut ensuite le temps d’y revenir, et c’est lors de cette deuxième phase, que l’on comprend le plus de choses. C’est lorsque l’athlète a rejoint le vestiaire et visionne sa course, à tête reposée. Et s’il se visionne ainsi sur l’écran, l’athlète, c’est pour déterminer, à l’aide d’un point de vue cette fois extérieur, ses erreurs, ce qu’il aurait dû ou n’aurait pas dû faire, avec pour objectif d’en prendre note et de corriger ces détails. De même en amour, on réfléchit beaucoup après une histoire, en revivant la chose de l’extérieur, afin de mieux en analyser les erreurs. Et si on analyse tout cela, c’est parce qu’au fond de nous, il y a sans doute une volonté de nous améliorer, une volonté de faire mieux la prochaine fois. On pourrait y voir une recherche de sa propre excellence.

Vivre sa jeunesse sans illusion d'optique

Notre regard sur le passé n’est pas tout à fait exact. Il existe une certaine altération de l’image, similaire à celle qui fait que ce qu’on voit sous l’eau n’est pas là où on croit le voir. Il suffit de plonger un bâton dans une fontaine pour réaliser que 1. on le voit alors cassé au niveau de la surface, 2. la partie immergée semble plus large que la partie émergée.

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Illusion d'optique avec crayon et verre d'eau

Le passé est ainsi fait : les fenêtres qui donnent sur lui sont faites d’un verre qui grossit les bons moments et réduit les mauvais. La preuve en est qu’on se rappelle bien plus souvent les baisers et les câlins d’une relation qu’on s’en rappelle les colères et les froids. Et si l’on en est pas convaincu, il suffit alors de se poser la question : voudrais-je recommencer, aujourd’hui, avec lui ou avec elle ? Votre réponse serait peut-être non.

Nous pouvons aimer la personne telle qu'elle fut. Mais ces gens-là appartiennent au passé. Ils ont changé, ils sont aujourd’hui devenus d’autres personnes, avec lesquelles il n'y a plus d'affinité. "Nous étions amis et nous sommes devenus étrangers", affirme Nietzsche. L’amour n’est plus possible avec eux, mais cela ne signifie pas qu’il soit devenu impossible. L’amour, étrangement, se retrouve avec une autre personne, puis une autre. Au fur et à mesure que les gens changent, l’amour se déplace, et nous impose de toujours courir après.

Vivre vers l'âge adulte

Les jeunes voient parfois l'âge adulte morne car ils l’observent comme immobile depuis le navire, secoué par les vagues, de leur jeunesse. Notre vie aujourd’hui est, je le disais plus haut, une vie de changement. Nous avons quitté l’enfance pour entrer dans ce train de foire qu’est l’adolescence, plein d’énergie, de mouvement, de nouveaux lieux, de nouvelles réflexions, de nouvelles personnes, et vu d’ici, l’après semble terriblement statique et ennuyeux.

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La mixité des écoles et la culture moderne donne les moyens d’aimer jeune, et ce, à un moment où l’on est plus seul que jamais, dans le dénuement de personnalité, ayant quitté celle de l’enfance (essentiellement accordée sur celle de la famille) pour muer vers celle de l’adulte (qui cette fois nous est propre). Les médias donnent aux plus jeunes garçons une idée de ce que sera « la femme ». Le corps féminin, qui joue un rôle très important dans l’amour des garçons et pour qui il est une sorte de temple saint, est constamment mis en avant (publicités, etc). C’est suffisant pour qu’il se crée très tôt des premiers « pré-amours », intimement liés à ce corps féminin source de tant d’admiration et de désir. Le côté physique y joue un rôle majeur. Evidemment, cela n’a pas besoin d’être forcément très poussé, à cet âge, prendre la main est un acte qui n’est pas seulement tendre, mais qui est aussi contact, toucher, et qui en raison de sa nouveauté suffit à déclarer des incendies. On ne parle pas encore de véritable sexualité, parce que tout cela n’est pas encore très clair, et qu’il faudra le temps d’apprivoiser l’autre pour y arriver, mais les baisers que l’on échange à cet âge, enlacés sur l’herbe, sont déjà peut-être un prélude à l’acte qui prendra tout son sens plus tard. La faute aux écoles mixtes, peut-être. Mais pas seulement. C’est un tout, dans lequel la médiatisation du corps de la femme joue un rôle important. Ensuite, effectivement, la mixité favorise l’association de l’image médiatisée à la réalité, et l’amour se fraie un chemin tout seul. Enfin, même en admettant qu’autrefois les gens aimaient plus tard, la littérature dispose de suffisamment d’exemples pour nous montrer que même au temps de la séparation des écoles, certains vivaient l’amour comme nous aussi l’avons vécu. Ce n’est donc pas seulement une question d’âge.

Jeunesse de l'émerveillement

Nous opposons des adultes à des enfants alors qu’il faudrait peut-être simplement opposer un type d’hommes à un autre type d’hommes. Ne crois-tu pas qu’à 80 ans nous nous émerveillerons encore de voir tomber la pluie ? Je crois que tous les enfants ne s’émerveillent pas de la même façon. Certes, globalement, les enfants s’émerveillent plus que les adultes qu’ils deviendront, blasés, occupés, etc. Mais peut-être que nous nous trompons en faisant l’hypothèse que tous les adultes ont été des enfants émerveillés, et que c’est l’âge adulte qui a terni leur âme. Peut-être simplement qu’enfants, ils étaient aux enfants ce qu’adultes, ils seront aux adultes.

Si je trouve la pluie belle, si je préfère lire que sortir en boîte, si je sors de mes gonds quand j’entends mes semblables parler de la femme comme d’un jouet à utilisation spécifique, cela n’est pas nouveau, et cela ne changera pas, je crois. Enfant, comme adolescent, comme adulte, comme vieillard, je continuerai à entendre les étoiles me murmurer quelque chose. Peut-être, tous les enfants en dessous d’un certain âge sont ainsi. Mais très tôt, bien avant d’avoir vingt ans, la majorité a oublié les étoiles.

Bien vivre sa vie, pas celle des autres

Mais celles et ceux qui les aiment à l'orée de l'âge adulte les aimeront probablement toute leur vie. Si nous écrivons des poèmes, des histoires tristes, c’est à cause d’une partie de nous que nous ne perdrons jamais, et qui n’à rien à voir avec l’âge. On ne devrait pas avoir peur de perdre notre part d’enfance. Il m’est avis que ce n’est plus une part d’enfance, mais une part de personnalité, qui ne passera pas avec le temps. L’âge adulte effraie parce qu’il est convention, norme, qu’il faut trouver un travail, qu’il faut se marier, qu’il faut ceci, qu’il faut cela. Le « il faut », on le bâtit avec nos yeux d’enfants qui constatent (à tort) que tout le monde fait ainsi devenu adulte, donc on se dit que ça doit être la norme, et que nous aussi, il va falloir nous y plier - ou pas. Mais je crois qu’on oublie une chose. Quand les copains regardaient la télé, moi je bouquinais. Quand ils jouaient au foot, je me promenais le long des lacs.

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Quand ils faisaient les fiers, j’étais ailleurs, ni fier, ni pas fier. Je ne me disais pas « ils font tous comme ça, alors il faut que je fasse pareil ». Je faisais comme je voulais faire. Et je pense que cela continuera de cette manière. Du rêve, de la poésie, je trouverai sûrement le moyen d’en tartiner des couches sur les murs gris de leur société adulte. Je travaillerai parce que j’en ai besoin, mais je travaillerai à ma manière. J’aurai un petit appartement pour y dormir, mais il sera meublé à ma façon. Et ma vie de tous les jours, je la vivrai comme je l’entends, mettant de la couleur à grand renforts de bonne humeur, d’espoir, de rêve, et de tous ces petits riens qui font les grands bonheurs et qu’il suffit de se pencher pour cueillir. Leur âge adulte est triste et laid, mais le mien sera tout autre, et je veillerai à ce qu’il soit gai et plein de couleurs. Oui, nous sommes sans doute d’un autre bois que le bois commun avec lequel on fait les étagères de garage et les cercueils. C’est ainsi, et il faut accepter qu’on ne pourra rien y changer. Le problème est donc à mon avis moins de protéger notre sensibilité, car elle ne nous quittera pas, que d’apprendre à vivre avec.

Peur de grandir, peur de vieillir

Bien vivre sa jeunesse, c'est sortir de la peur de l’âge adulte, une peur de la responsabilité, une peur de devoir maintenant être nous-mêmes non plus au milieu de gens qui sont comme nous lycéens, étudiants, mais dans une situation où on attend quelque chose de nous. Et notre peur, c’est peut-être de ne pas être à la hauteur. Par exemple, par manque de confiance en moi, fréquent mais heureusement pas continu. Peur d’avoir un bureau parce qu’il signifie devoir accomplir une tâche qui sera jugée, et pourra coûter sa place si le travail n'est pas fait comme il faut, etc. Mais encore une fois, ce n’est pas bien différent d’avant. On imagine plus de pression parce qu’il y a non plus juste à décrocher le passage à une classe supérieure, mais bien un job, source de revenu, à conserver. Maintenant, sur le principe, c’est similaire. En première, j’imaginais que le bac serait absolument terrible parce que je voyais les terminales travailler dur, et qu’une partie se plantait. J’obtins mon bac sans aucune difficulté, mais alors je me mis à angoisser pour la sup, parce que tant de gens éliminés au bout... Je passais en spé sans trop de souci. Puis en spé, la peur de rater mon concours, que j’obtins lui aussi. Et en école, la crainte de me retrouver avec des gens meilleurs, qui seraient plus doués, plus techniques, plus ceci, plus cela. C’est le manque de confiance qui fait craindre l’avenir et bénir dans le passé ce qui fut achèvement, choses que je bâtis de mes propres mains, et notamment mes amours. Mais c'est sans doute une erreur. La vie active sera comme une classe de lycée. Quand on passe du collège au lycée, on se dit que ça va être comme ci, comme ça, terrible. Pareil du lycée à la prépa ou à la fac. Pareil de la prépa à l’école. Et au final, c’est toujours la même chose. On retrouve des gens similaires, et c’est normal parce qu’il serait surprenant que tout le monde change brusquement entre deux étapes de notre cursus. Il y aura les quelques amis qu’on se fera au boulot, avec lesquels on passera du bon temps, et qui nous aideront à supporter ceux qu’on ne pourra pas sentir; il y aura des chefs qui ne seront pas bien différents des profs d’antan, attendant de nous telle ou telle tâche, qu’au final on exécutera sans trop de peine. Il faut se dire que personne n’attend de nous l’impossible. Et que ce soit au boulot ou ailleurs, nous resterons les mêmes, sensibles, avec les avantages et les inconvénients de la chose, manquant de confiance en nous mais accomplissant pourtant de grandes choses (par peur de ne pas en faire assez, notamment).

Mot de la fin

Vivre sa jeunesse semble parfois monter sur l'échafaud adulte. L’image pose toutefois un problème : sur un échafaud, la galanterie demande-t-elle à l’homme de laisser passer la femme la première, ou au contraire de perdre la tête le premier ?

En réalité, nous nous angoissons inutilement, soit nostalgiques d'un passé idéalisé, sorte de refuge bienheureux et tiède, soit tiraillés par les peurs de l'avenir qui est inconnu. Mais bien vivre sa jeunesse, c'est aller en confiance vers le temps qui viendra, s'ouvrir au monde tel qu'il a toujours été, fait d'épreuves possibles à surmonter, de temps à vivre, d'instants présents et de bonheur.

 

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  Comment bien vivre sa jeunesse, publié par nina67 le 5 Mai 2015
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Nina67
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