Foi et vocation

Foi et vocation

Les stades de l'enfance sont des étapes du développement de l'identité et de la foi. La vocation commencerait même avant la naissance et évolue ensuite tout au long de notre vie.

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1. Avant et juste après la naissance

Le premier stade de la foi débute déjà in utero et s'arrête au début du langage. L'accouchement est considéré par J. W. Fowler comme un moment de "suffoquement"et de "non-être" qui est le passage vers le monde des relations. La foi et l'identité se construisent à partir de la relation de symbiose de l'enfant avec la mère. L'état émotionnel de celle-ci et les interactions physiques et biochimiques avec elle contribuent au fait que nous naissons avec l'impression déjà gravée en nous d'être les bienvenus dans ce monde ou non.

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"La fleur était venue sous forme de graine, elle n'avait rien pu connaître des autres mondes" (Saint Exupéry)

La foi se construit des "pré-images" d'un ultime puissant et digne de confiance", où nous sommes dépendants de ceux qui prennent soin de nous. Cette foi indifférenciée "jaillit des racines de la confiance qui trouvent leur sol dans l'écologie des relations, du soin, et des significations partagées". L'enfant entretien dans un tel environnement un "sens de soi digne d'intérêt, chéri et familier" pour reprendre les mots de J. W. Fowler ("Faith Development and Pastoral Care").

L'identité de ce petit enfant est constituée par ses réflexes, ses sensations et ses mouvements. Selon Fowler, l'enfant ne fait pas de distinction entre lui et son environnement : c'est le "soi incorporé" où 'le petit enfant est tout sujet, toute expérience". Dans les deux premières années de l'enfance, bien avant le langage ou la capacité à conceptualiser, l'enfant reconnaît peu à peu l'environnement comme distinct du moi, par des "différentiations et séparations cognitives et relationnelles".

2. La foi dans la petite enfance

Vers 2 ans, l'enfant "commence à utiliser le langage pour communiquer à propos de soi-même et des objets dans le monde"1, c'est une révolution. L'enfant, qui peut également marcher, découvre le monde de manière intensive. À ce stade, "la perception, les sentiments et l'imagination fantaisiste sont les moyens principaux qu'ont les enfants de connaître - et de transformer – leurs expériences". L'imagination de l'enfant s'éveille, et c'est en fonction de ses émotions et de sa perception qu'il ordonne son expérience. On décrit à ce stade un égocentrisme naïf; il est en effet difficile pour l'enfant de distinguer fantaisie et réalité, propre perspective et celle des autres.

L'enfant est attentif aux gestes, aux rites, aux images et aux mots qu'utilisent les adultes dans leur langage de foi. Son imagination "répond au récit, au symbole, au rêve et à l'expérience". Les histoires où le Bien et le Mal sont représentés de façon non ambiguë leur permettent de symboliser ce qui les menace et de s'identifier "au triomphe vicaire du bien".

À ce stade, l'enfant contrôle ses actions mais non ses impulsions: il "est ses impulsions", son égocentrisme, sa perception, son imagination...

3. Foi mythico-littérale et soi impérial

La révolution du début de ce stade, vers 7 ans, consiste en l' "émergence de nouvelles opérations logiques » qui permettent à la personne de se construire des "schémas de façonnement d'expériences et de significations, et des modèles de leur interprétation consciente, qui soient plus stables et fiables". Ses
constructions du monde sont donc marquées par la prévisibilité, "le concret, le littéral et les significations unidimensionnelles", et « les constructions que l'enfant se fait de ses expériences sont bien moins dépendantes du sentiment ou de l'imagination". La distinction des choses et des personnes en catégories est acquise, telle la différence entre le réel et l'imaginaire. La personne est capable de considérer les choses sous la perspective d'autrui, et montre une sensibilité à la justice et à la réciprocité morale. "Le moyen principal de se construire des significations, de les conserver et de les partager" sera l'histoire et le récit, où les relations de cause-à-effet sont bien intégrées. Mais ce stade se limite "au monde des expériences concrètes et des interprétations littérales des symboles et événements", il manque à la personne "la capacité de comprendre sa propre intériorité" et celle des autres; elle s'aide des principes de réciprocité morale et de cause-à-effet pour les prédire.

Foi mythico-littérale...

"Dieu est vu en termes anthropomorphiques comme un parent ou un législateur", punissant et récompensant avec justice. À ce stade, les enfants sont aptes à "mettre en questions leurs images de foi". L'égocentrisme est dépassé, et l'enfant peut prendre du recul sur ce que les adultes lui enseignent. Il croit aux symboles, mais "ne les interprète ni ne les reproduit consciemment".

Soi impérial

La personne construit son identité en structurant ses expériences par des narrations entendues et apprises, mais n'a pas encore la capacité de prendre du recul par rapport à elles et d'intégrer ses histoires dans une grande histoire : Elle est ses histoires.

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Ecrire l'histoire, mon histoire...

Elle a ses impulsions et les contrôle, mais elle est ses propres structures de "besoins, de souhaits et d'intérêts", que le soi n'examine pas et par lesquels elle interprète le monde.

 

4. Se définir par ses relations

À partir de 12 ans, « avec la pensée opérationnelle formelle, l'esprit prend des ailes. Il n'est plus limité » au concret et à l'observable et peut manipuler des concepts.

La personne devra faire la synthèse de "ses valeurs, croyances et allégeances, qui confirmera son [...] identité". En quelque sorte, à ce stade, on "con-forme" son identité, on la forme avec d'autres, c'est le stade "conventionnel". « De l'intérieur de ce stade, les personnes tendent à construire l'environnement ultime en des termes personnels. [Elles ont le] sentiment profond que dans la connexion mutuelle, nous sommes d'une certaine manière reliés avec la profondeur, ou la hauteur, de l'Ultime ».

Soi interpersonnel

La personne est capable de mise en perspective sociale et interpersonnelle et exprime ainsi cette culture de la mutualité interpersonnelle: "je suis mes relations, je suis mes rôles". C'est l'image qu'elle croit que les adultes importants ont d'elle qu'elle se construit " comme image d'elle-même : "Je vois le moi que je pense que tu vois". Elle lutte pour synthétiser une identité vivable vis-à-vis du regard des autres.

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Papillon vert sous le regard des autres

Cette toute nouvelle conscience de soi permet également une réflexion sur son propre passé : par les opérations formelles, la personne reconstruit ses expériences antérieures et peut se projeter dans le futur. Elle a des histoires, et s'interroge sur leur sens.

5. Choix de vie et résistance au changement

A 20 ans, à la trentaine ou la quarantaine, une nouvelle transition se joue, comparable à celle des Lumières : "les mêmes sortes d'exaltations et de dangers et les mêmes sortes de potentialités à la fois de libération et d'auto-déception". Cette transition nécessite une prise de recul critique sur "le système tacite de croyances, valeurs et engagements du stade précédent". De plus, le soi doit définir son identité et sa valeur « séparément des connections qui précédemment le définissaient », il y a une responsabilisation de la personne. Cela se fait par la construction d'une perspective sociale "à la troisième personne", arbitrant entre le soi et les "voix internalisées des personnes significatives du stade précédent". C'est ainsi que la personne pourra s'affirmer et faire des choix. Souvent, la "résistance émotionnelle interne" à ces changements est considérable.

Appartenance à une communauté

Les opérations formelles prédominent, conduisant la personne à faire des choix dans la foi, en fonction de la question de la vérité de sa vision et de ses valeurs; elle tâchera d'examiner de manière critique les "croyances, symboles et valeurs" desquelles elle se réclamera. L'appartenance à une communauté sera
pleinement choisie ou réaffirmée. Le contrôle des significations et le contrôle de soi se manifestera dans une démythologisation : les symboles reconnus en tant que tels perdent leur puissance. L'énoncé de la foi personnelle gagne en clarté et précision.

6. Lâcher prise et libre arbitre

Souvent après 35 ans, on atteint ce stade en prenant une responsabilité irrévocable, en étant confronté à nos limites et à la mort de proches. On reconnaît que le contrôle de soi ainsi que l'autonomie correspondent difficilement à notre finitude, que nous faisons partie d'un grand système et que c'est en
son sein que notre liberté peut s'exercer. Il arrive qu'une personne passe plus tôt à ce stade, si elle expérimente la souffrance ou si elle présente un sérieux religieux précoce. La personne, à ce stade, doit réunir ce qui a été séparé dans le passé. Elle ne présente plus "l'ego exécutif", mais elle a son ego. Elle doit reconnaître et maintenir ensemble des tensions telles que la continuité entre la jeunesse et une nouvelle saison de vie, le fait d'être une personne de bonne volonté capable aussi d'être destructive, etc.

Faire la paix en soi, foi conjonctive

C'est donc au début de ce stade que l'on "fait la paix avec la tension résultant du fait que la vérité doit être approchée [...] par différents angles de vision". La tâche de la foi est de maintenir ensemble des approches et expériences diverses et paradoxales en apparence, telles l'énoncé suivant : le souverain de l'histoire se fait crucifier. La personne intègre donc le fait que "de nombreux modèles et idées théologiques impliquent de tenir ensemble, en une tension dialectique, la "coïncidence des opposés", c'est l'"humilité épistémologique". Vis-à-vis du symbole, on se situe au-delà de la démythologisation et on "apprend à se soumettre à la "lecture"[...] offerte par tel ou tel élément de la tradition" : Dieu se dit à merveille dans "les symboles et paraboles". Le chrétien fera confiance à la tradition chrétienne et tout ce qu'elle comporte, considérés comme des moyens structurants de recevoir la grâce. Il gagnera en ouverture par la prière et le discernement. La foi apprendra aussi à être réceptive et à se mettre en équilibre avec un mouvement plus large, permettant l'ouverture à des personnes, cultures, et religions étrangères, à un sérieux dialogue sur un mode non-défensif, qui permettra d'approfondir sa propre foi.


L'identité et l'action sont guidés "moins par des aspirations socialement déterminées et davantage par l'attention aux impulsions subtiles mais insistantes de l'esprit".

Interroger nos certitudes intérieures

Les frontières du moi sont plus floues. La personne doit réviser les vérités forgées à l'enfance et les images d'elle-même formées dans la vingtaine, en prêtant attention à ses propres ambiguïtés et à celles de la vie. "Ce stade représente une étape critique dans la relativisation de soi en tant que signifiant et vers une complémentarité avec l'être en qui est possible une attention aux autres plus radicale". La personne a davantage conscience de son interdépendance "avec l''étranger en dehors et en dedans" et à l'humanité. À ce stade, nous reconnaissons que « nous sommes plusieurs soi : nous avons un esprit conscient, mais nous sommes également un grand ensemble d'actions et réactions suivant des schémas largement inconscients [...], personnels et sociaux.

7. Ouverture à une foi universelle

Le dernier stade semble rarement rencontré chez les personnes interrogées par Fowler, étudié surtout sur la base d'écrits de personnes telles que Ghandhi. Plus tard, « Fowler n'a pas maintenu l'hypothèse de l'universalité », et abandonne ce dernier stade. Fowler décrit à ce stade, dans les ouvrages étudiés, une conscience croissante de soi et une capacité augmentant "à la critique consciente et la participation imaginative aux actions et aux intentions de Dieu".

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Ailleurs au bout du chemin

Foi universalisante

À ce stade, on observe "un mouvement dans lequel le soi est emmené au-delà de lui-même dans une nouvelle qualité de participation et de fondement en Dieu, ou le Principe de l'être". Ces personnes vivent l'aboutissement du "processus de décentralisation de soi" et "une sorte d'identification avec la manière qu'a Dieu de connaître et de valoriser d'autres créatures". Les personnes de ce stade se montrent révolutionnaires par l'"authentique et libre dépassement d'elles-mêmes", appelant "à une foi plus vaste, moins égocentrique ou moins centrée sur le groupe".

Conclusion

Tous ces stades du développement de la foi montrent une reconstruction de nos manières d'être lorsque nous rencontrons des perturbations dans nos vies personnelles et collectives auxquelles nos manières précédentes de construire de la signification ne peuvent faire face. Une transformation en direction de la vocation nécessite la conversion, processus "par lequel des personnes [...] amènent leur histoire de vie vécue à être en conformité avec l'histoire centrale de la foi chrétienne". Cette conversion libère par le vécu d'un amour inconditionnel.

Références

Pierre-Yves Brandt et James M. Day, Psychologie du développement religieux : Questions classiques et perspectives contemporaines

J.W. Fowler, Becoming Adult, Becoming Christian : Adult Development and Christian Faith

J.W. Fowler, Faith Development and Pastoral Care

J. Poujol et C. Fébrissy, Les étapes du développement psychologique et spirituel

  Foi et vocation, publié par nina67 le 21 Octobre 2015
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